S’il est un point commun à tous les hommes, au delà des cultures et des époques, c ‘est bien celui de la quête du bonheur !
Véritable « quête du Graal », nous y employons souvent une quantité extraordinaire de force et d’énergie, à tel point que très souvent aussi, obnubilés par ce que nous imaginons qu’il devrait être (où ce que l’on nous fait croire de lui !) nous « passons à côté ».
Et ce ratage de notre but essentiel d’êtres humains (rendu en hébreu par un verbe que nous traduisons « pécher » et qui signifie en fait « manquer sa cible ») a pour résultat que nous sommes parfois tellement malheureux que certains d’entre nous en viennent à mettre fin, d’eux-mêmes, à une vie qu’ils sont devenu incapables de supporter, parce que trop pesante et littéralement « invivable ».
Aujourd’hui, en Belgique, sept personnes se donnent quotidiennement la mort, soit une moyenne de 2555 décès par an ! Le phénomène touche autant les jeunes que les vieux, sans aucune distinction de sexe ou autre.
Surtout ne jugeons pas, et ne minimisons jamais le risque qui parfois se manifeste à nous comme un discret appel au secours .
Si je me permets aujourd’hui d’en parler dans ce « livre de recettes » pas comme les autres, ce n’est nullement par hasard mais par expérience, une expérience du type de celle qui faisait dire à Jean Gabin : « je sais qu’on ne sait jamais » ! C’est la raison pour laquelle j’insiste sur la non-exhaustivité de ce qui va suivre .
Qu’est-ce que le bonheur ?
Je m’en réfèrerai tout d’abord à la définition qu’en donne le « Littré » :
BONHEUR [bo-neur ; Ménage remarque que dans les provinces on prononçait bonhur ; ce qu'il condamne ; cette prononciation existe encore dans les provinces du Midi ; elle est tout à fait à rejeter] s. m.
1° Événement heureux ; chance favorable. ♦ Il a eu le bonheur que l'âge ne l'a point miné lentement et ne lui a point fait une longue et languissante vieillesse, FONTEN., Lahire. ♦ Le bonheur peut conduire à la grandeur suprême, CORN., Cinna, II, 1 ♦ Puisqu'il tient à bonheur d'être l'un de nous deux, CORN., Rod. IV, 1 ♦ J'ai craint un ennemi, mon bonheur me le livre, CORN., Héracl. IV, 4
Succès. Le bonheur des armes françaises.
Dans ce sens il s'emploie aussi au pluriel. ♦ Il lui pourrait arriver tous les malheurs et tous les bonheurs du monde, VAUGELAS, Remarques. ♦ Depuis un certain temps il lui est arrivé des bonheurs de toutes sortes, TH. CORN., Remarques. ♦ Il est toujours égal au milieu de tous les malheurs et de tous les bonheurs du monde, CHIFFLET, Grammaire, p. 35 ♦ De combien de petits bonheurs l'homme du monde n'est-il pas entouré !, MARIVAUX, dans LAVEAUX
Porter bonheur, annoncer, procurer bonne chance. ♦ J'avais fait venir M. Bailli pour me porter bonheur, SÉV., 531
Avoir du bonheur, être favorisé par le hasard.
Jouer avec bonheur, être en bonheur, avoir la chance au jeu ; et figurément, jouer de bonheur, réussir contre toute espérance.
Familièrement. Au petit bonheur ! Arrive ce qu'il pourra !
Par bonheur, par bonne chance. ♦ Un voyageur Qui s'était muni par bonheur Contre les mauvais temps...., LA FONT., Fabl. VI, 3
De bonheur, se dit dans le même sens. ♦ De bonheur pour elle, ces gens partirent presque aussitôt, LA FONT., Psyché, II, p. 118
2° État heureux, état de pleine satisfaction et de jouissance. Le comble du bonheur. Il n'est pas de plus grand bonheur. Après avoir joui d'un bonheur constant. La vertu fait le bonheur. ♦ Le bonheur des méchants comme un torrent s'écoule, RAC., Athal. II, 7 ♦ Je faisais le bonheur d'un héros tel que vous, RAC., Mithr. IV, 4 ♦ .... Le sort, qui toujours change, Ne vous a pas promis un bonheur sans mélange, RAC., Iph. I, 1 ♦ Le bonheur a cela de la mer et du flux Qu'il doit diminuer sitôt qu'il ne croît plus, MAIRET, Sophon. IV, 1 ♦ Dieux puissants qui veillez au bonheur de la terre, BRÉBEUF, Phars. VII ♦ Le roi qui fait le bonheur de tant de peuples, FÉN., Tél. II ♦ Je ferai votre bonheur, pourvu que vous sachiez en jouir, FÉN., Tél. I ♦ Près du bonheur extrême est l'extrême infortune, M. J. CHÉ., Oedipe roi, V, 4 ♦ Dans le cours de nos ans, étroit et court passage, Si le bonheur qu'on cherche est le prix du vrai sage, Qui pourra me donner ce trésor précieux ?, VOLT., 2e Discours. ♦ Mais quel bonheur honteux, cruel, empoisonné...., VOLT., Orphel. III, 4 ♦ Que sont ces biens peu sûrs, près des plaisirs du coeur ? Tout l'univers vaut-il un instant de bonheur ?, GILBERT, Didon à Énée. ♦ Le vois-tu bien, là-bas, là-bas, Là-bas, là-bas ? dit l'espérance ; Bourgeois, manants, rois et prélats Lui font de loin la révérence ; C'est le bonheur, dit l'espérance, BÉRANG., Bonheur. ♦ Car Dieu mit ces degrés aux fortunes humaines ; Les uns vont tout courbés sous le fardeau des peines ; Au banquet du bonheur bien peu sont conviés, V. HUGO, F. d'automne, 32 Le bonheur éternel, la félicité des élus.
3° Le bonheur de, avec un infinitif, c'est-à-dire la satisfaction intime, le bonheur. Il a eu le bonheur de conserver longtemps sa mère. ♦ Toutes deux d'une si heureuse constitution, qu'elles semblaient nous promettre le bonheur de les conserver un siècle entier, BOSSUET, Marie-Thér. ♦ Le bonheur de lui plaire est le seul où j'aspire, RAC., Brit. III, 8
Avoir le bonheur de, formule de civilité. Depuis que j'ai eu le bonheur de vous voir.
4° Bonheur du jour, sorte de petit meuble où l'on serre les papiers et les petits objets auxquels on tient. ♦ Parfois cependant il range à sa manière ; ce matin, par exemple, il a ouvert le bonheur du jour, et vidé les tiroirs, Mme REYBAUD, dans Rev. des deux mondes, 1er juillet 1859, p. 14
SYNONYME :
1. BONHEUR, FÉLICITÉ, BÉATITUDE. Bonheur veut dire proprement bonne chance, et, par conséquent, il exprime l'ensemble des circonstances, des conditions favorables qui font que nous sommes bien. Il a donc un caractère extérieur, objectif, qui en fait la nuance avec félicité. La félicité n'est point liée à ces conditions du dehors ; elle est plus propre à l'âme même ; aussi on ne dira pas : la félicité que les richesses procurent ; mais on dira : le bonheur qu'elles procurent. La béatitude, qui est du style mystique, est la félicité destinée, dans une autre vie, à ceux qui auront pratiqué la vertu dans celle-ci.
2. BONHEUR, CHANCE., Ce qui distingue ces deux mots, c'est que chance est tout à fait indéterminé, et que bonheur ne l'est pas. Le bonheur est la bonne chance ; tandis que la chance peut être aussi bien mauvaise que bonne.
HISTORIQUE :
XIIe s. ♦ Et j'atendrai.... Joie d'amour, se bon eür m'i maine, Couci, XIV
XIIIe s. ♦ [Que] Dame Diex par sa grace lui renvoit bon eür, Berte, XLI ♦ Et miex vient de bon eür nestre, Qu'estre de bons [riches], c'est dit pieça, Lai de l'ombre
XVe s. ♦ Et prioit moult gracieusement que chacun se peinast de bien faire la besogne et garder son bonheur, FROISS., I, I, 41
XVIe s. ♦ Paoures humains, qui bon heur attendez, RAB., Garg. I, 58 ♦ Si en allant en quelque voyage ils rencontrent une de ces bestes, ils le reputent de bon-heur, PARÉ, XXIII, 27 ♦ Le pays à qui je dois Le bon-heur de ma naissance, RONS., 431
ÉTYMOLOGIE :
Bon et heur. L'étymologie, appuyée en cela par la synonymie, montre que le sens propre et primitif est bonne chance, et que le sens qui se rapproche de félicité est secondaire.
SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE
BONHEUR. - HIST.
XVIe s. Ajoutez : ♦ M'egarant par les champs, du bon-heur adressé, Je decouvre à mes pieds un jouvenceau blessé, DESPORTES, Roland furieux.
Difficile de trouver plus complet que cela ! Et pourtant nous pouvons déjà y constater un fait : dans le chef de l’homme le bonheur est souvent associé à la chance, à la réussite et cette dernière à l’argent, aux biens matériels où à la position sociale.
C’est tellement vrai qu’un grand logiciel de traitement de texte livre, lorsqu’on fait appel à ses « cliparts », une multitude de ces derniers représentant des trèfles à quatre feuilles, des billets de loterie ou de banque !
Littré le souligne très clairement : « Le sens propre et primitif est bonne chance, et le sens qui se rapproche de félicité est secondaire ».
Or, dans les faits, le vrai bonheur ne tient pas (pas du tout !) à cela, et, contrairement à une idée largement répandue, non seulement l’argent ne fait pas le bonheur mais il n’y contribue pas non plus, du moins pas de manière absolue ou indispensable. Le vrai bonheur réside plutôt dans la maxime épicurienne « carpe diem », soulignée magistralement dans un film qui « date » déjà un peu : « le cercle des poètes disparus ».
Je suis un homme heureux !
Pleinement heureux, tellement que parfois, aujourd’hui, j’ai envie de le dire, de le crier sur les toits, de le partager, de vous le partager ! Et tant pis pour ceux qui me prendront pour un « doux dingue ».
Cela semblera peut-être paradoxal à ceux qui croient connaître certains pans de mon existence : il est vrai que j’ai traversé des moments difficiles, (et sans-doute en traverserai-je encore) et surtout que j’en ai fait parfois sinon souvent fait subir, volontairement ou nom, les conséquences à d’autres. Même si, globalement, on peut à ce propos me trouver des « circonstances atténuantes », ces dernières ne sont jamais des excuses.
Mais l’objet de cette réflexion ne porte pas là dessus : il s’agit de vous livrer des « recettes » toutes simples, celles du « vrai » bonheur…
Il y a quelques mois, j’étais devenu une épave, rongée par l’alcool. Et j’ai coulé par le fond… J’en étais victime et j’en éprouvais une culpabilité et un dégoût de moi-même tels que j’ai, à plusieurs reprises – et nombreuses furent celles dont personne ne put ni ne sut être témoin- de mettre un point final à une existence qui m’était devenue insupportable.
Aujourd’hui, l’épave est renflouée et surtout réarmée. Elle navigue sur la haute mer de la vie, prête à en affronter sereinement les inévitables tempêtes, prête aussi à « donner de l’étrave » dans les glaces qui tenteraient de la stopper, pour s’y forcer un chenal ! Et ceci même si elle ne se croit pas insubmersible comme le « Titanic » : un « raté » est toujours possible, et j’en suis parfaitement conscient. La preuve en est que je connais personnellement des cas de « pros » de la santé ou de la santé mentale (médecin pédiatre, médecin psychiatre, pasteur ! ) qui sont passés à l’acte définitif du suicide !
Tout simplement : Quelques recettes :
J’ai opté aujourd’hui résolument pour un rythme de vie qui soit le plus sain possible.
En principe je suis levé et actif dès sept heures du matin. Je me couche vers minuit et je lis pendant une bonne heure. Cette lecture peut être « sérieuse » (ouvrages spécialisés sur des sujets que je veux creuser, revues ou journaux d’info, cours…) ou plus « futile » (BD en tous genre avec une prédilection pour les auteurs de la « Ligne Claire » comme Hergé, Jacobs , Franquin ou Peyo).
Avant de m’endormir, je fais un bref récapitulatif mental de ma journée. (Dans le temps on appelait parfois cela un « examen de conscience »). J’évalue aussi, anticipativement ce que sera ma journée du lendemain, si je m’en tiens à mes prévisions qui ne sont jamais un absolu dont je deviendrais l’esclave, ni une sorte de « toc » qui s’insinuerait dans mon subconscient. Et comme je crois en Dieu , je le remercie de ma journée passée et lui confie ma nuit et le jour à venir.Mais ceci découle de ma "foi" qui n'est pas une condition d'accès au bonheur. Je ne crois d'ailleurs pas au dieu dont m'ont parlé les hommes, mais à celui que je perçois comme une Force unique et originelle, hors de tout dogme et des idées communément admises par ce que l'on nomme "la religion".
Je m’intéresse à beaucoup de choses dans la mesure où elles me construisent, m’apportent des « plus » et me servent ou servent d’autres personnes dans le simple quotidien.
Je suis pleinement conscient de vivre en tant que corps et en tant qu’esprit. Ce constat m’est chaque jour une source d’émerveillement, comme l’est la contemplation de la nature et celle de la création entière.
Je bois énormément…d’eau ! Je ne bois absolument plus d’alcool sous quelque forme que ce soit (sauf dans la vinaigrette !), j’ai aussi totalement et définitivement cessé de fumer et j’en constate chaque jour les bienfaits toujours plus grands et étonnants. Si je fais bien entendu appel à la médecine dite classique pour me soigner, je m’intéresse aussi de très près à des médecines dites parallèles qui peuvent s’avérer complémentaire, voire aussi, sinon plus efficace dans certains cas. Je pense, par exemple à l’aromathérapie . (Qui n'est absolument pas à considérer comme une médecine douce, ni à prendre à la légère. Si vous souffrez de quoi que ce soit, vous DEVEZ toujours en parler d'abord à votre médecin. Lui seul est habilité à poser un vrai diagnostic et à vous prescrire les soins appropriés)
Je fais beaucoup de marche à pieds et de vélo. (Sans doute parce que je suis actuellement sans voiture, ce qui ne m’est nullement un handicap : lorsque j’en aurai une à nouveau, je ne l’utiliserai qu’en cas de réel besoin et je continuerai à user de mes jambes. Si ma jument n’était pas décédée l’an dernier, je la remonterais volontiers ! Je préfère passer pour un original, quitte à faire rire, que de verser dans la conformité ou la banalité, source inépuisable de ressentiments , de frustrations et de morosité.)
Je suis conscient de ce que mon espérance de vie restante pourrait être assez courte , ce pourquoi je savoure pleinement chaque instant.
Je mange de tout, mais à heures fixes. J’évite le plus possible le grignotage. Je suis aussi capable, si je l’ai décidé, de jeuner au moins 24 heures.
J’ai appris que l’autre était toujours « premier » : je m’efforce d’en tenir compte le plus possible et je m’y intéresse.
L’opinion que l’on peut avoir de moi ne me touche pas, dans la mesure où mon vécu est conforme à ma conscience.
J’ai appris aussi que l’agressivité était une défense souvent inadaptée, même si elle tentait de répondre à une attaque bien réelle où à une injustice. Je m’efforce donc de me dominer et de conserver mon calme en toute situation.
Ce qui ne signifie nullement que j’opte pour un profil bas : je dis et j’exprime mon désaccord si c’est nécessaire.
Mais je sais aussi maintenant, que celui qui m’agresse ne s’en prend pas à ma personne mais à un ou des aspects qu’il imagine en percevoir. Cela me permet de prendre un recul psychologique nécessaire pour conserver mon calme et envisager mon agresseur comme une « victime », et donc un être à accueillir avec bienveillance. Ceci dit, cette manière de voir n’engage que ma personne, et il est évident que je suis tout à fait en mesure de me défendre et surtout de défendre les miens en cas d’agression : dans ce cas, il s’agit, stricto sensu de « légitime défense ».
Aucun être humain quel qu’il soit de par ses diplômes ou sa « position sociale » ne m’impressionne dans la mesure où il n’est, fondamentalement, qu’un humain comme moi, avec ses failles et ses limites.
Je ne supporte ni l’injustice, ni le mensonge, ni surtout les « passe-droits » de quelque ordre qu’ils soient.
Je suis particulièrement sensible à la souffrance et je fais tout mon possible pour la combattre.
Je remercie Dieu chaque matin, très simplement, parce qu’il met devant moi une nouvelle journée.
Je suis serein face à l’idée de ma propre mort, qui surviendra forcément un jour.
J’envisage les possibilités d’atténuer ce jour là la peine des miens, et, dans la mesure du possible, d’être encore utile. Le don de mes organes et de mon corps à la science est devenu pour moi et mes proches une évidence qui contribue à ma sérénité.
Je ne suis ni un saint ni un parfait. Je suis pleinement conscient de mes failles et de mes limites, ce qui ne m’empêche pas de tenter de les combattre, ni de m’efforcer de m’améliorer. Tout échec peut s’avérer une victoire dès lors qu’il n’est pas subit mais qu’il est objectivement analysé !
Je n’ai pas l’apanage du bonheur : pour plagier une certaine publicité actuelle j’affirme « qu’il est à tout le monde » et surtout que chacun y a droit. J’affirme aussi qu’il est à la portée de tous et ne réside ni dans la « chance », ni dans l’argent, ni dans la possession de biens, ni dans la reconnaissance, ni dans le pouvoir si ce n’est celui que l’on doit exercer sur soi-même.
Certains diront : « tout cela est fort joli, mais cela demande du temps ! » C’est exact, et ce sera l’objet du paragraphe suivant.
Auparavant, une toute dernière chose, en guise de conclusion de ce premier paragraphe :
A l’heure où j’écris ces lignes, je suis Pasteur. Mais comme le soulignait très justement un de mes confrères lors d’une lointaine réunion de « pastorale » à Bruxelles, « Je ne me définis pas comme tel !» Il s’agit pour moi d’un Ministère (littéralement un service) qui relève d’une vocation personnelle. Académiquement parlant je suis théologien. Mais ontologiquement, je me définis d’abord et avant tout comme un humain, avec les mêmes capacités et les mêmes limites que celles qui sont inhérentes à cette nature, et, partant de là, comme un citoyen jouissant des mêmes droits et devoirs que n’importe quel citoyen de mon pays.
De plus, à l’heure où je publie ce texte, j’ai aussi franchi un cap que j’envisageais depuis longtemps : je suis aussi psychothérapeute et je me forme (et me fais former) en ce sens.Une formation sans limites, qui peut durer toute une vie...
Dans ces quelques pages, je livre volontairement quelques « volets » de la sphère privée de mon existence. Un psychothérapeute le fait rarement, surtout s’il est, comme moi, relativement « attaché » aux disciplines plus « classiques » et/ou « traditionnelles ». Mais je le fais en toute sincérité, dans la mesure où je crois que mon expérience, mon vécu personnel peuvent aider d’autres personnes dans leur « quête du bonheur » .
Bien sûr, au-delà de ceci, je considère que, dans son ensemble, ma vie privée (et celle des autres, et donc de mes patients) est absolument sacrée et que quiconque, en dehors d’un thérapeute, et pour des raisons clairement définies par lui et acceptées par moi, tenterait d’y pénétrer s’exposerait inéluctablement à affronter les moyens que la Loi met, en ce domaine, à ma disposition de citoyen belge. Ceci est encore plus vrai et absolu en ce qui concerne la protection de la vie (physique, psychologique et privée) de mes proches.
Jean-Marie Demarque
Psychothérapeute.
lundi 24 novembre 2008
mercredi 19 novembre 2008
La première famille humaine : un bouillon de culture psychopathologique !
Quelques simples réflexions à la lumière de Lacan…
Le Livre de la Genèse, celui des « Commencements », Bereshit en hébreu selon la pratique qui veut qu’un livre biblique soit nommé du premier de ses mots, contient, outre des histoires bien connues de tous et qui sont devenues pour beaucoup des « vérités premières », certains passages qui, par delà les préjugés ou les croyances que d’aucuns préfèrent nommer « foi », posent de singulières questions, questions qui obligent d’une certaine façon le lecteur honnête et un tant soit peu objectif à…se « remettre en question » !
C’est le cas, me semble-t-il de la fameuse histoire de Caïn et d’Abel, fils premiers nés de la supposée première famille humaine.
Examinons la d’abord dans ce qu’aujourd’hui on appellerait sa « composition » :
Au départ, si l’on en croit les deux premiers versets du chapitre 4 du Livre de la Genèse, c’est une famille classique, qui a pour patronyme « genre humain », et qui est composée d’un père, d’une mère et de deux enfants mâles. Une famille relativement « classique » si on la met en parallèle avec la famille « type » moderne. Tout semble donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, voulu selon le récit par un « Dieu » sorti d’on ne sait trop où et dont les intentions, si elles paraissent à première lecture clairement explicitées dans les premiers chapitres du Livre sont quand même pour le moins obscures et ne peuvent que nous faire légitimement poser la question d’un « pourquoi ? ».
En effet, et contrairement à d’autres récits du même genre, on ne sait tout d’abord pas d’où vient ce « Dieu » omnipotent et transcendantal, radicalement différent de l’humain, ni surtout pourquoi il agit comme il le fait ! Peut-être qu’Il s’ennuie, tout seul, surtout qu’il est « l’Unique », et qu’il n’opère que pour tromper son ennui, un peu comme un modéliste s’escrimant à réaliser la maquette la plus parfaite possible d’une réalité qui lui serait, sinon propre, à tout le moins très proche.
Mais peut-être aussi que la vraie particularité de cet « humain » qui doit être le « sommet » de sa création est justement de se l’être purement et simplement « inventé » dans une sorte de quête insatiable du Père… En clair, il nous faudrait alors admettre que ce n’est pas Dieu qui a créé l’homme, mais l’inverse, parce que cela répondait en lui à un besoin aussi essentiel qu’existentiel, dans l’acception la plus forte des deux termes !
Mais laissons ici ce qui n’est pas aujourd’hui notre propos et revenons à notre famille initiale. Et pour ne pas déroger aux conventions machistes encore en vogue sur nos registres d’Etat Civil, commençons par en examiner le « chef », c’est à dire le père.
Adam.
Déjà, ici, on est « mal barrés » : notre « père Adam » comme certains se plaisent à le nommer est justement un être dépourvu de nom : il est, stricto sensu, d’après le texte hébreu de la Bible, le « Genre Humain », une notion à la fois précise et vague et outre le fait que, lui offrant la possibilité de faire l’économie d’un nom véritable elle lui donne aussi celle d’échapper à une véritable personnalité, outre qu’elle le désigne d’emblée comme bisexué. Que je sache, le « genre humain » est encore bien composé de nos jours, d’hommes et de femmes, de garçons et de filles, de mâles et de femelles…
De fait, je crois qu’on peut tout à fait, et très objectivement, parler d’une « bisexualité » d’Adam, chose qu’envisagent par ailleurs clairement Josy Eisenberg et Armand Abecassis dans un de leur dialogues « A Bible Ouverte ».
Voilà sans doute qui déjà fera rugir certains gardiens d’une prétendue morale de l’ordre de celle qui condamne les homosexuels et leur dénie le droit à l’amour, à l’épanouissement et au désir d’enfant. Des gardiens de la norme qui soit dit en passant s’apparentent souvent de fort près à ceux qui au nom d’une prétendue pureté de leur race n’ont pas hésité à éliminer les handicapés, les malades mentaux, les homosexuels, les tziganes, et (au bas mot !) six millions de Juifs…
Notons aussi au passage que l’être humain est apparemment, le seul animal de la classe des mammifères à transiter, à un moment précis de son développement fœtal, par un stade où il n’est ni mâle ni femelle , tout en étant les deux à la fois. Ce qui semblerait engendrer chez le « petit d’homme » une réminiscence se concrétisant dans son subconscient par une nostalgie d’un état perdu, un « manque », ce même manque que Lacan caractérise comme « phallique » et qui se trouve, pour « faire court », à l’origine de chacune des trois folies qui caractérisent son école :
• Folie du « moi ».
• Folie « Phallique ».
• Folie « pulsionnelle".
Trois folies qui se retrouvent dans cette histoire finalement fort peu banale de la première famille humaine et qui toutes semblent satellisées autour de deux problèmes particulièrement cruciaux et interconnectés de notre société moderne : ceux de la condition de la femme et du rôle du père .
Enfin, et pour compléter le tableau, il me semble que le moins qu’on puisse dire d’Adam, c’est qu’il est un « fou du moi », un père absent et démissionnaire. En plus, si l’on en croit un « Midrash » que l’on évoquera plus loin, il semblerait bien être le tout premier « cocu » ! Un prototype du looser ? Guère flatteur pour ceux des nôtres qui se réclament de lui !
La saga biblique nous le montre tour à tour, après la « chute », jouant au petit jeu du « ce n’est pas moi, c’est l’autre », fuyant ses responsabilités et honteux de la nudité à la fois psychique et physique qu’il semble seulement découvrir ; ce n’est pas à lui non plus que revient le rôle de nommer ses enfants et, le fait est qu’il n’interviendra en rien dans le conflit qui va les opposer.
Eve.
Un dictionnaire biblique protestant, assez bien fait, ou en tous les cas accessible à tout un chacun donne, sous le nom de « Eve » une première définition succincte : « Femme d’Adam dont le nom est à rapprocher du mot « vie » ou « qui donne vie ».
Fort bien, on s’en doutait quelque part, mais voilà qui fait d’elle aussi forcément une anonyme, une sans-nom, une personne sans personnalité réelle. Sûrement, il lui manque quelque chose, mais elle va bien vite le trouver, voire l’acquérir.
De par sa "connaissance" avec Adam, selon la Bible , de manière fort différente, selon un midrash . J’aime bien les midrashim, peut être à cause d’une vieille passion pour la culture juive, certainement parce qu’ils osent aller plus loin que la lettre, quitte à la transgresser, faisant souvent preuve d’un esprit qui vivifie là même où la lettre, parce qu’elle enferme et normalise, tue.
Le midrash dont il est question nous rapporte ceci : Lorsque Adam et Eve furent créés, ils formaient un être androgyne possédant un seul corps et deux visages. Dieu les sépara en leur donnant un dos de façon qu’ils puissent se voir « face à face ».
Le Talmud , lui, est plus « osé » dans l’un de ses passages, rapporte, lui, que Dieu prit part au mariage d’Eve avec Adam, et les unit en présence des anges qui manifestèrent leur joie par des chants et des danses. Satan, qui par le truchement du serpent (un bien curieux symbole, fort évocateur de ce qui va suivre) incita Eve à transgresser l’interdiction divine de manger du fruit défendu de l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal, s’accoupla avec elle et engendra Adam, alors qu’Abel, lui, le « moins que rien » -on verra plus loin pourquoi- était clairement le fils d’Adam.
Mais la même tradition nous apprend que depuis, aucune génération n’est à l’abri des entreprises de Lilith, première véritable épouse d’Adam, sorte de démone qui se sépara de lui parce qu’elle refusait de lui être soumise , ou encore première Eve qui, parce qu’elle avait péché, fut remplacée par une Eve nouvelle. On attribue depuis à Lilith la responsabilité des maladies et des morts des nourrissons.
Mais d’un autre point de vue, plus proche de notre propos, Eve est surtout une mère « phallique », atteinte d’une pathologie se manifestant par une hyper possessivité (elle est seule, apparemment à s’occuper de ses enfants et seule à les nommer.) faisant clairement de Caïn une acquisition (on n’acquiert en principe que ce qui nous manque) et d’Abel un enfant considéré comme rien, comme un être inutile, puisque par son premier fils, Eve a comblé son manque.
CAÏN
Le nom de Caïn se retrouve en Genèse 4 :1, et la phrase censée être prononcée par la « mère Eve » comporte un curieux jeu de mot, perceptible seulement aux hébraïsants. Je le reproduis ci dessous, d’abord dans une translittération non conventionnelle, et enfin dans une traduction littérale personnelle :
Genèse 4:1
« ve ha Adam yada êt Ava ishto, vatahar, vateled êt qaïn vatomer “qaniti ish êt YHVH » »
Et l’Homme connut (sexuellement ) Eve sa femme, et elle fut enceinte, et elle enfanta Caïn (= »une acquisition ») en disant : « j’ai acquis un homme avec YHVH »
Traduite ainsi littéralement, même si elle perd de son attrait littéraire, la phrase est « grosse » de sens, si je puis me permettre ce calembour : Le genre humain (c’est bien le sens littéral de Ha Adam, avec l’article) fait l’amour avec sa femme qui est nommée peut-être génériquement comme étant une « porteuse, ou une dispensatrice de vie » qui tombée enceinte enfante un fils qu’elle appelle « acquisition », tout en s’exclamant « qu’elle a acquis un homme, un « mâle » avec…Dieu !
Si je ne craignais de verser dans la grossièreté, j’emploierais un terme plus « cru » pour constater que voilà le « père Adam » devenu le premier cocu de l’histoire humaine, puisque le premier fils de sa femme est, selon ses dires à elle, fruit d’un rapport avec Dieu !
Quand je disais que l’histoire de l’humanité commençait bien mal, c’était presque un euphémisme ! Mais ce n’est malheureusement pas tout :
Le nom de Caïn, on le voit au travers du jeu de mot souligné en caractères gras dans le texte, est bien dérivé de la même racine que le verbe qanah qui signifie, à la 3ème ps de l’accompli qal : « j’ai acquis ». Mais ce même nom, ce même mot « caïn » se trouve dans un autre passage biblique non plus pour désigner une personne humaine de sexe mâle, mais bien une lance, ou, selon les traductions françaises les plus habituelles, un épieu ! Voilà un bien curieux symbole dont la signification saute aux yeux!
Ce mot se trouve dans le second Livre de Samuel, au chapitre 21, verset 16 :
2 Samuel 21:16
« Veyishbo bnov ashêr bilidi haraphah oumishqol qeino shlosh mevot mishqol nehrshêt vehou hraguour hradasha vayomer lehakot êt-David»
Et Jishbi-Benob, qui était des enfants du géant ;le poids de sa lance était de trois cents sicles d'airain, et il était ceint d'une armure neuve, et disant qu’il allait frapper (pensait frapper) David.
Bref, il ne faut pas chercher bien loin pour constater que ce premier fils de Eve est bien pour elle la « récupération » de ce qu’elle ressent comme un manque essentiel, « récupération » qu’elle attribue quasi magiquement à Dieu !
Et par conséquent, le moins qu’on puisse dire de Caïn est qu’il n’est pas un enfant désiré pour lui même, mais considéré comme l’objet qui vient combler le manque phallique de sa mère. Or il est évident que ces « enfants non désirés », considérés comme des choses et donc dépersonnalisés, sont toujours en passe de devenir, à un moment où l’autre de leur vie, des hommes ou des femmes atteints de problèmes identitaires, manifestés souvent par ce que l’on pourrait ranger dans la catégorie des « folies du moi ». Ce qui sera effectivement le cas de Caïn, quelques versets plus loin…
Abel
Il n’a pas, le pauvre, beaucoup plus de chances que son frère. Sa mère ayant comblé son manque avec Caïn, son aîné, lui ne paraît plus guère compter à ses yeux, comme semble d’ailleurs l’indiquer son patronyme, fait d’un mot qui signifie littéralement « vapeur » ou « souffle », dans un sens évidemment totalement différent d’un autre « souffle » qui est celui de Dieu, la « ruach ». Ici il s’agit d’un souffle qui n’est rien du tout, et qu’un autre texte, celui de Qohelet (l’Ecclésiaste ) traduit par « vanité ». Comme on peut le constater dans les deux versets hébreux en Genèse 4:2 et en Qohelet 1:2,il s’agit bien exactement du même mot, qui s'écrit exactement de la même manière !
Dans Qohelet 1:2, le mot « abel » apparaît quatre fois, dont une fois au masculin pluriel. Dans Genèse 4 :2, il apparaît deux fois, les deux fois au singulier. Et c’est bien le même mot !
Bien sûr, on pourra éventuellement objecter que la vocalisation est parfois différente entre les deux textes, mais cela ne compte absolument pas dans la mesure où cette vocalisation fixée au moyen notamment de ce qu’on appelle les « points massorétiques » est en fait une œuvre très tardive destinée à stabiliser le sens du texte et à lui ôter une part de ses possibilités interprétatives. C’est l’œuvre de ceux que l’on a appelé les « Massorètes », qui, du VIIe au Xe siècle de notre ère, assurèrent, en Palestine et en Babylonie, la fixation définitive des écrits sacrés en langue hébraïque ou araméenne. Et cela se rapporte aussi, d'autre part, aux indices graphiques résultant de cette stabilisation, devenue péremptoire, des Écritures …La massore écrite comprend deux éléments : en premier lieu, des notes marginales (par exemple, la correction, qui reçut le nom de qerê, « à lire », d'un mot marqué dans le texte d'un cercle ou d'un astérisque et que l'on appelle ketib, « écrit ») et des annotations terminales. Le second élément consiste en des signes intratextuels, qui sont de deux sortes : d'une part, tout un système de points-voyelles dont on dota les lettres hébraïques (qui, comme dans les autres langues sémitiques, n'étaient que des consonnes) et grâce auquel on supprimait l'ambiguïté de sens à laquelle prêtait l'écriture purement consonantique (lu dâbâr, dbr signifie « parole », mais « peste » si on le vocalise dêbêr) ; d'autre part, des accents, destinés eux aussi à uniformiser dans la lecture le découpage rythmique et donc la compréhension des textes .
On ne peut, évidemment, lisant les derniers mots de cette définition essentiellement tirée de l'encyclopédie Universalis, ne pas songer à cette phrase qu’on attribue à Freud, arrivant à New York à bord du « George Washington », à l’adresse de Jung, qui au début du XXème siècle comptait encore parmi ses amis : « Ils ne savent pas que nous leur apportons la peste », phrase rapportée bien plus tard par Jung à Jacques Lacan. Mais ceci, aurait dit Kipling, c’est une autre histoire ! Revenons donc à la nôtre…
Et notre histoire à nous confirme que les deux premiers fils du premier couple humain, ne pouvaient être que des « enfants à problèmes », issus d’un couple passablement hors normalité !
Une mère phallique, un père absent, ayant à charge un fils aîné considéré par sa mère comme son « acquis », sa chose, et un puiné sans consistance, quasi inexistant. Si c’est là le moule de notre humanité, on comprend soudainement certaines choses !
Des choses qui se conçoivent bien et s’énoncent donc clairement :
Souvenons-nous de quelques traits psychologiques et biologiques particulièrement importants chez l’humain :
1°. Un « petit d’homme », même né à terme, et donc après 9 mois de grossesse, vient au monde comme un prématuré, qu’il restera d’ailleurs plus ou moins sa vie durant.
2°. C’est cette prématuration inéluctable et durable qui va générer chez lui, plus particulièrement dans certaines situations trop difficiles à gérer, un « sentiment d’impuissance », sentiment qu’il tentera de combler au travers de l’image positive qu’il éprouve de lui-même.
3°. Or, cette « image », perçue par exemple dans le reflet renvoyé par un miroir ou par toute surface brillante, lisse et plane comme la surface d’une eau calme, évocatrice sans doute pour nombre d’entre nous le personnage de Narcisse peut induire toutes sortes de réactions qui ne sont pas nécessairement pathologiques, mais qui bien évidemment peuvent le devenir.
Quelques exemples :
• Le jeune chien, qui aboie son reflet et lui manifeste son agressivité naturelle car il perçoit cette image comme celle d’un autre, et particulièrement comme celle d’un intrus, qu’il lui faut sinon éliminer, du moins chasser de son territoire.
• Parc contre, l’être humain, qui ne reconnaît plus sa propre image dans celle que lui renvoie le miroir manifeste une pathologie du « Moi » qui risque de l’amener à vivre certaines névroses plus ou moins graves.
• Enfin on peut évoquer aussi l’image du miroir utilisée dans certains contes de fées, beaucoup moins anodins qu’il n’y paraît à première lecture, comme dans celui de « Blanche Neige » : se mirant dans son miroir magique, la « marâtre » l’interroge pour savoir « qui est la plus belle », et s’entend répondre que c’est Blanche Neige, cette « autre » qui devient, ipso facto l’objet de sa haine et de sa folie destructrice.
C’est ce genre de sentiment qui peut amener certaines personnes à s’infliger des « destructions » plus ou moins symboliques comme des marquages et des scarifications. Curieusement, Caïn, qui a tué son frère a en quelque sorte détruit l’image de son propre « Moi », et sera « marqué » pour sa faute… Mais ce sera du même coup un marquage qui le préservera aux yeux de ses semblables ! Une identification comme « autre » ? comme « différent » ? Peut-être est-elle du même ordre que celle des tatouages communs à certains groupes humains…
Je note aussi que, dans le récit biblique de la création, du moins dans le premier de ces deux récits, un des traits particuliers de l’humain est justement qu’il est façonné « à l’image et à la ressemblance de Dieu », qui LE crée mâle et femelle.
Pas plus que son créateur dont il est le reflet, l’Homme originel n’est sexué.
Ou plutôt on peut dire de lui qu’il est une unité fusionnelle des deux sexes. Et Dieu lui-même dont la plupart des humains se font une « image » masculine possède bien des attributs des deux sexes, ne serait-ce que celui de son « Esprit » et celui de sa « Miséricorde » qui tous deux sont féminins !
Enfin, il nous faut admettre et constater que l’être humain « normal » éprouve une jubilation naturelle à a contemplation de sa propre image, qui peut aller jusqu’à un narcissisme pathologique, et qui le rend de toute manière enclin à se reconnaître préférentiellement dans ce qui lui ressemble, à quelque niveau que se situe cette ressemblance ! Et lorsque les choses se passeront mal, il essaiera d’abimer ou de détruire sa propre image. Chose que vivra d’ailleurs Adam après la « chute », lorsqu’apostrophé par Dieu il lui dira : « ce n’est pas moi qui ai mangé du fruit de l’arbre de la connaissance : c’est la femme qui m’a poussé à le faire ! » Bref, le classique « ce n’est pas moi, c’est l’autre ! ».
Un relationnel vecteur d’agressivité :
Ce phénomène psychologique qui pousse l’homme à voir dans l’autre le reflet de son propre « moi », de sa propre personne, le pousse aussi à une forme d’agressivité typique de son espèce, qui n’a rien à voir avec l’agressivité animale. Ce dernier, lorsqu’il fait preuve d’agressivité, c’est généralement pour se défendre, défendre sa proie, sa progéniture ou encore sn territoire. L’homme, lui, peut s’avérer être ou devenir agressif pour de tous autres motifs, souvent d’ailleurs « gratuits », voire pervers.
Mais cette agressivité gratuite, à l’égard de celui qu’il identifie comme sa propre image est en fait tournée contre lui-même et devient dès lors une forme de pulsion suicidaire. Caïn, tuant Abel, tue en quelque sorte son propre Moi, ce qui le voue au bannissement ! Et tout ça, au départ, à cause d’un « manque » commun à toutes et tous !
« Il leur « manque » donc quelque chose ? »
Oui, certainement... Mais pour continuer dans le même registre du langage vulgaire, ce n’est pas vraiment une « case » qu’il leur manque : c’est un phallus !
Et cela, que nous le voulions ou non, que nous soyons fille ou garçon, que nos tendances sexuelles soient hétéro, homo ou même « bi », ce manque-là, nous le portons tous en nous, que nous en soyons ou non conscients. Il nait simplement de la réminiscence de cet instant furtif où, dans le ventre de notre mère, nous n’étions ni fille ni garçon, tout en étant les deux à la fois !
Généralement, chez la fille, ce manque pourra se traduire par un désir d’enfant non pour sa personne mais pour l’objet qu’il représente, ou il se manifestera plus subtilement sous la forme d’un sentiment d’infériorisation, encore renforcé dans les sociétés ou les cultures machistes, particulièrement ancrées dans la sphère du « religieux ».
Chez le garçon, cela se manifestera par une crainte de ne pas être à la hauteur, crainte qui se répercutera dans les différents domaines de son vécu, que ce soit sur le plan professionnel, sportif ou, bien sûr intellectuel et sexuel.
Eve est de toute évidence une mère possessive !
Très souvent, ces mères se centrent sur leur premier enfant, au détriment des éventuels suivants. C’est bien le cas en ce qui concerne Caïn et Abel.
Le mal-être de ces mères se manifeste en l’absence de l’enfant, absence que n’est pas à même de combler le père, lui-même perpétuel « absent », que ce soit au niveau du fait d’assumer ses responsabilités les plus élémentaires, ou à celui d’une place non vraiment tenue, ou encore à celui d’un quelconque sentiment d’impuissance qu’il peut d’ailleurs « camoufler » sous certains aspects machistes visant à cantonner la femme dans certains rôles, comme celui de l’éducation des enfants, domaine dont l’homme se dédouane trop souvent en disant que ce n’est pas son affaire !
Adam, lui, apparaît plutôt comme un personnage assez falot, ramené à un rôle de géniteur, voire même de moins que cela, dans la mesure où Eve s’écrie « J’ai acquis un homme mâle AVEC LE SEIGNEUR » : elle l’a enfin, son « mec », mais ce n’est pas le fils de son « mari officiel » ! hw")hy>-ta, vyaiÞ ytiynIïq'. Difficile d’être plus explicite !
Et les gosses dans tout cela ?
L’enfant concerné par le désir phallique de sa mère, et qui s’en trouve ravalé à un objet destiné à combler le manque maternel ne peut se reconnaître comme tel, et par voie de conséquence, se croit autre à ses propres yeux… Ce qui débouche dans nombre de cas sur des psychopathologies plus ou moins graves de type paranoïaques . Or, nous l’avons déjà largement évoqué : l’image de mon « moi » passe obligatoirement par celle de mon reflet, par ce en quoi ou en qui je me reconnais : en clair, elle passe par l’ « autre », en l’occurrence, pour Caïn, par cet Abel qui n’est rien du tout, et contre lequel il se tourne agressivement pour le tuer. Il croit que Dieu lui en veut, qu’il l’a rejeté e »n agréant le sacrifice de son frère, devenu objet de sa haine et de sa folie destructrice, et en fait autodestructrice. Ce faisant, il se « trompe de cible », ce qui, curieusement, est le sens premier du verbe hébreu le plus communément admis pour rendre le fait de « pécher ».
En effet, si on lit bien l’histoire, et si on y cherche, a priori, un fautif, c’est plutôt du côté de Dieu lui-même que se trouvent dirigés nos regards : un Dieu passablement injuste et qui, à tout le moins, manque totalement de la psychologie a plus élémentaire : si rien dans notre texte ne dit explicitement qu’il ait rejeté l’offrande de Caïn, rien non pus ne dit qu’il lui ait accordé le moindre regard. Pauvre Caïn qui se retrouve inconsidéré, lui qui souffre déjà d’une mauvaise image de soi !
D’un dieu créé à un Dieu créateur…
J’ai beau retourner ma Bible dans tous les sens, jusqu’au chapitre 4 de Bereshit, je n’y trouve pas le moindre indice de la moindre règle cultuelle, pas la moindre demande ni d’exigence de culte de la part de « Dieu » vis à vis de l’homme qui lui devrait allégeance.
Où donc Caïn et Abel ont-il été chercher le fait qu’il leur faille adresser à « Dieu » un sacrifice d’action de grâce ? Ne serait-on pas plutôt devant le fait plus ou moins banal de fils qui veulent faire plaisir à leur mère, et qui font tout pour s’en faire remarquer, pour être reconnus par elle comme des personnes à part entière ?
Pas étonnant dès lors que Caïn en vienne à passer sa rage sur sa mauvaise image, personnifiée par Abel ! Et ne se pourrait-il pas, finalement que « Dieu » soit l’image, créée par l’homme, d’un père déficient ? On en arrive presque à l’histoire de l’œuf et de la poule et à se poser la question de savoir qui est premier ? Qui existe avant l’autre ? Est-ce l’un qui sort de l’autre ou l’autre qui sort de l’un ? …A chacun de répondre, s’il le peut ! Personnellement j’y ai renoncé.
L’humain, « sommet » de la création ou ratage imprévu ?
Un fait est que l’homme, si souvent et longtemps source de l’émerveillement des évolutionnistes de l’école darwiniste semble bien être un cas d’espèce, à la fois unique en son genre et pour le moins passablement détraqué ! Détraquage ou dysfonctionnements qui semblent d’autant plus marqués à mesure qu’il se trouve de plus en plus éloigné de la nature, sa « Mère Nature ». Et il semble avéré que les humains qui vivent le plus en symbiose avec la nature soient les moins exposés aux pathologies de tout poil.
Nous serions donc non pas la résultante d’une évolution d’un quelconque grand singe plus apte que ses congénères, mais le fruit d’un dérèglement constitutif d’une espèce nouvelle, surgie on ne sait trop ni quand ni comment…
Lacan constate d’ailleurs que l’agir humain, même dans ses gestes les plus élémentaires, comme celui de se nourrir, n’est quasiment jamais dicté par des instincts répondant à des nécessités vitales. Bien sûr que manger est pour nous aussi primordial et vital que pour n’importe quel animal. Mais il n’y a que nous à le faire par plaisir ou par mode, à inventer des recettes, à concocter des plats, à user (et souvent à abuser !) de ce que nous appelons les « bonnes » choses qui parfois en viennent à ruiner totalement notre santé .
De même nous sommes les seuls à manifester de l’agressivité gratuite, et à dévoyer l’instinct naturel de survie au profit du génocide ! Est-ce donc en cela que nous serions à l’image et à la ressemblance de Dieu, ou bien ce dernier n’est-il qu’une invention de notre esprit tordu servant d’excuses et de prétexte à nos propres déviances ? Autant de questions qui bien sûr restent ouvertes mais qui , dans une certaine mesure, me permettent de conclure, si tant est que ce soit possible :
La famille humaine, la plus équilibrée qui soit, est et reste une famille à risques !
Notre « première » famille humaine qui semble bien éloignée d’un modèle idéal dans laquelle on l’a trop souvent confinée, ne compte finalement parmi ses membres, que des psychopathes plus ou moins atteints entre lesquels viennent s’immiscer de curieux personnages ! Une famille « type » qui illustre fort bien les failles et les carences souvent déterminantes de l’a-venir de tout être humain, de la construction ou de l’éclatement de son Etre. Est-ce aussi à cause de ce curieux phénomène de la lecture, préexistant au verbe exprimé de l’écriture ou au verbe lui-même, source lui aussi dans l’histoire biblique d’une des plus grandes fractures humaines qui ait subsisté jusqu’à nos jours à la suite du mythe de Babel, et source avérée dans l’histoire de l’Eglise, d’autres fractures liées à son interprétation et à celle de sa prétendue préexistence ?
Affaire à suivre, en tous les cas !
Jean-Marie DEMARQUE
Bibliographie :
S. FREUD, Un événement de la Vie Religieuse, Traduction française de Marie Bonaparte, revue par l’auteur, 1932. Dans la même série, et de la même traductrice, même année : « Actes obsédants et exercices religieux »Rééditions électronique dans le cadre de la collection « Les classiques des sciences sociales », téléchargeable en PDF sur le site Web http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html
L. BASSET, Sainte Colère-Jacob, Job, Jésus , Labor et Fides/Bayard, Genève, Paris, 2002.
J-L. DUMAS, Histoire de la Pensée – Philosohies et Philosophes, T. 3 : Temps Modernes, Poche « références », Tallandier, Paris, 1990.
G. W. F. HEGEL, Phénoménologie de l’Esprit, traduction française par J. Hyppolite, Aubier, Paris, 1939-1941
M. HEIDEGGER, La Phénoménologie de l'esprit, Gallimard, Paris, 1984
A. KOJEVE, Introduction à la lecture de Hegel, Gallimard, Paris, 1979
J.P. SARTRE, L’existentialisme est un humanisme, Nagel, Paris 1946, cité in « Histoire de la philosophie par les textes », Isabelle MOURRAL & Louis MILLET, Gamma, Paris, 1988, pp 348-349, T.230.
ENCYCLOPOEDIA UNIVERSALIS, Paris 2004
A. UNTERMAN, Dictionnaire du Judaïsme, Thames &Hudson, Paris, 1997, traduction française par Catherine Cheval
M. ELIADE, Histoire des Croyances Religieuses, 3 T., Payot, Paris , 1976
M. ELIADE, Traité d’Histoire des religions, Payot, Paris, 1949.
J. EISENBERG & A. ABECASSIS, A Bible Ouverte, Présence du Judaïsme, Albin Michel, Paris 1978
Le Livre de la Genèse, celui des « Commencements », Bereshit en hébreu selon la pratique qui veut qu’un livre biblique soit nommé du premier de ses mots, contient, outre des histoires bien connues de tous et qui sont devenues pour beaucoup des « vérités premières », certains passages qui, par delà les préjugés ou les croyances que d’aucuns préfèrent nommer « foi », posent de singulières questions, questions qui obligent d’une certaine façon le lecteur honnête et un tant soit peu objectif à…se « remettre en question » !
C’est le cas, me semble-t-il de la fameuse histoire de Caïn et d’Abel, fils premiers nés de la supposée première famille humaine.
Examinons la d’abord dans ce qu’aujourd’hui on appellerait sa « composition » :
Au départ, si l’on en croit les deux premiers versets du chapitre 4 du Livre de la Genèse, c’est une famille classique, qui a pour patronyme « genre humain », et qui est composée d’un père, d’une mère et de deux enfants mâles. Une famille relativement « classique » si on la met en parallèle avec la famille « type » moderne. Tout semble donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, voulu selon le récit par un « Dieu » sorti d’on ne sait trop où et dont les intentions, si elles paraissent à première lecture clairement explicitées dans les premiers chapitres du Livre sont quand même pour le moins obscures et ne peuvent que nous faire légitimement poser la question d’un « pourquoi ? ».
En effet, et contrairement à d’autres récits du même genre, on ne sait tout d’abord pas d’où vient ce « Dieu » omnipotent et transcendantal, radicalement différent de l’humain, ni surtout pourquoi il agit comme il le fait ! Peut-être qu’Il s’ennuie, tout seul, surtout qu’il est « l’Unique », et qu’il n’opère que pour tromper son ennui, un peu comme un modéliste s’escrimant à réaliser la maquette la plus parfaite possible d’une réalité qui lui serait, sinon propre, à tout le moins très proche.
Mais peut-être aussi que la vraie particularité de cet « humain » qui doit être le « sommet » de sa création est justement de se l’être purement et simplement « inventé » dans une sorte de quête insatiable du Père… En clair, il nous faudrait alors admettre que ce n’est pas Dieu qui a créé l’homme, mais l’inverse, parce que cela répondait en lui à un besoin aussi essentiel qu’existentiel, dans l’acception la plus forte des deux termes !
Mais laissons ici ce qui n’est pas aujourd’hui notre propos et revenons à notre famille initiale. Et pour ne pas déroger aux conventions machistes encore en vogue sur nos registres d’Etat Civil, commençons par en examiner le « chef », c’est à dire le père.
Adam.
Déjà, ici, on est « mal barrés » : notre « père Adam » comme certains se plaisent à le nommer est justement un être dépourvu de nom : il est, stricto sensu, d’après le texte hébreu de la Bible, le « Genre Humain », une notion à la fois précise et vague et outre le fait que, lui offrant la possibilité de faire l’économie d’un nom véritable elle lui donne aussi celle d’échapper à une véritable personnalité, outre qu’elle le désigne d’emblée comme bisexué. Que je sache, le « genre humain » est encore bien composé de nos jours, d’hommes et de femmes, de garçons et de filles, de mâles et de femelles…
De fait, je crois qu’on peut tout à fait, et très objectivement, parler d’une « bisexualité » d’Adam, chose qu’envisagent par ailleurs clairement Josy Eisenberg et Armand Abecassis dans un de leur dialogues « A Bible Ouverte ».
Voilà sans doute qui déjà fera rugir certains gardiens d’une prétendue morale de l’ordre de celle qui condamne les homosexuels et leur dénie le droit à l’amour, à l’épanouissement et au désir d’enfant. Des gardiens de la norme qui soit dit en passant s’apparentent souvent de fort près à ceux qui au nom d’une prétendue pureté de leur race n’ont pas hésité à éliminer les handicapés, les malades mentaux, les homosexuels, les tziganes, et (au bas mot !) six millions de Juifs…
Notons aussi au passage que l’être humain est apparemment, le seul animal de la classe des mammifères à transiter, à un moment précis de son développement fœtal, par un stade où il n’est ni mâle ni femelle , tout en étant les deux à la fois. Ce qui semblerait engendrer chez le « petit d’homme » une réminiscence se concrétisant dans son subconscient par une nostalgie d’un état perdu, un « manque », ce même manque que Lacan caractérise comme « phallique » et qui se trouve, pour « faire court », à l’origine de chacune des trois folies qui caractérisent son école :
• Folie du « moi ».
• Folie « Phallique ».
• Folie « pulsionnelle".
Trois folies qui se retrouvent dans cette histoire finalement fort peu banale de la première famille humaine et qui toutes semblent satellisées autour de deux problèmes particulièrement cruciaux et interconnectés de notre société moderne : ceux de la condition de la femme et du rôle du père .
Enfin, et pour compléter le tableau, il me semble que le moins qu’on puisse dire d’Adam, c’est qu’il est un « fou du moi », un père absent et démissionnaire. En plus, si l’on en croit un « Midrash » que l’on évoquera plus loin, il semblerait bien être le tout premier « cocu » ! Un prototype du looser ? Guère flatteur pour ceux des nôtres qui se réclament de lui !
La saga biblique nous le montre tour à tour, après la « chute », jouant au petit jeu du « ce n’est pas moi, c’est l’autre », fuyant ses responsabilités et honteux de la nudité à la fois psychique et physique qu’il semble seulement découvrir ; ce n’est pas à lui non plus que revient le rôle de nommer ses enfants et, le fait est qu’il n’interviendra en rien dans le conflit qui va les opposer.
Eve.
Un dictionnaire biblique protestant, assez bien fait, ou en tous les cas accessible à tout un chacun donne, sous le nom de « Eve » une première définition succincte : « Femme d’Adam dont le nom est à rapprocher du mot « vie » ou « qui donne vie ».
Fort bien, on s’en doutait quelque part, mais voilà qui fait d’elle aussi forcément une anonyme, une sans-nom, une personne sans personnalité réelle. Sûrement, il lui manque quelque chose, mais elle va bien vite le trouver, voire l’acquérir.
De par sa "connaissance" avec Adam, selon la Bible , de manière fort différente, selon un midrash . J’aime bien les midrashim, peut être à cause d’une vieille passion pour la culture juive, certainement parce qu’ils osent aller plus loin que la lettre, quitte à la transgresser, faisant souvent preuve d’un esprit qui vivifie là même où la lettre, parce qu’elle enferme et normalise, tue.
Le midrash dont il est question nous rapporte ceci : Lorsque Adam et Eve furent créés, ils formaient un être androgyne possédant un seul corps et deux visages. Dieu les sépara en leur donnant un dos de façon qu’ils puissent se voir « face à face ».
Le Talmud , lui, est plus « osé » dans l’un de ses passages, rapporte, lui, que Dieu prit part au mariage d’Eve avec Adam, et les unit en présence des anges qui manifestèrent leur joie par des chants et des danses. Satan, qui par le truchement du serpent (un bien curieux symbole, fort évocateur de ce qui va suivre) incita Eve à transgresser l’interdiction divine de manger du fruit défendu de l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal, s’accoupla avec elle et engendra Adam, alors qu’Abel, lui, le « moins que rien » -on verra plus loin pourquoi- était clairement le fils d’Adam.
Mais la même tradition nous apprend que depuis, aucune génération n’est à l’abri des entreprises de Lilith, première véritable épouse d’Adam, sorte de démone qui se sépara de lui parce qu’elle refusait de lui être soumise , ou encore première Eve qui, parce qu’elle avait péché, fut remplacée par une Eve nouvelle. On attribue depuis à Lilith la responsabilité des maladies et des morts des nourrissons.
Mais d’un autre point de vue, plus proche de notre propos, Eve est surtout une mère « phallique », atteinte d’une pathologie se manifestant par une hyper possessivité (elle est seule, apparemment à s’occuper de ses enfants et seule à les nommer.) faisant clairement de Caïn une acquisition (on n’acquiert en principe que ce qui nous manque) et d’Abel un enfant considéré comme rien, comme un être inutile, puisque par son premier fils, Eve a comblé son manque.
CAÏN
Le nom de Caïn se retrouve en Genèse 4 :1, et la phrase censée être prononcée par la « mère Eve » comporte un curieux jeu de mot, perceptible seulement aux hébraïsants. Je le reproduis ci dessous, d’abord dans une translittération non conventionnelle, et enfin dans une traduction littérale personnelle :
Genèse 4:1
« ve ha Adam yada êt Ava ishto, vatahar, vateled êt qaïn vatomer “qaniti ish êt YHVH » »
Et l’Homme connut (sexuellement ) Eve sa femme, et elle fut enceinte, et elle enfanta Caïn (= »une acquisition ») en disant : « j’ai acquis un homme avec YHVH »
Traduite ainsi littéralement, même si elle perd de son attrait littéraire, la phrase est « grosse » de sens, si je puis me permettre ce calembour : Le genre humain (c’est bien le sens littéral de Ha Adam, avec l’article) fait l’amour avec sa femme qui est nommée peut-être génériquement comme étant une « porteuse, ou une dispensatrice de vie » qui tombée enceinte enfante un fils qu’elle appelle « acquisition », tout en s’exclamant « qu’elle a acquis un homme, un « mâle » avec…Dieu !
Si je ne craignais de verser dans la grossièreté, j’emploierais un terme plus « cru » pour constater que voilà le « père Adam » devenu le premier cocu de l’histoire humaine, puisque le premier fils de sa femme est, selon ses dires à elle, fruit d’un rapport avec Dieu !
Quand je disais que l’histoire de l’humanité commençait bien mal, c’était presque un euphémisme ! Mais ce n’est malheureusement pas tout :
Le nom de Caïn, on le voit au travers du jeu de mot souligné en caractères gras dans le texte, est bien dérivé de la même racine que le verbe qanah qui signifie, à la 3ème ps de l’accompli qal : « j’ai acquis ». Mais ce même nom, ce même mot « caïn » se trouve dans un autre passage biblique non plus pour désigner une personne humaine de sexe mâle, mais bien une lance, ou, selon les traductions françaises les plus habituelles, un épieu ! Voilà un bien curieux symbole dont la signification saute aux yeux!
Ce mot se trouve dans le second Livre de Samuel, au chapitre 21, verset 16 :
2 Samuel 21:16
« Veyishbo bnov ashêr bilidi haraphah oumishqol qeino shlosh mevot mishqol nehrshêt vehou hraguour hradasha vayomer lehakot êt-David»
Et Jishbi-Benob, qui était des enfants du géant ;le poids de sa lance était de trois cents sicles d'airain, et il était ceint d'une armure neuve, et disant qu’il allait frapper (pensait frapper) David.
Bref, il ne faut pas chercher bien loin pour constater que ce premier fils de Eve est bien pour elle la « récupération » de ce qu’elle ressent comme un manque essentiel, « récupération » qu’elle attribue quasi magiquement à Dieu !
Et par conséquent, le moins qu’on puisse dire de Caïn est qu’il n’est pas un enfant désiré pour lui même, mais considéré comme l’objet qui vient combler le manque phallique de sa mère. Or il est évident que ces « enfants non désirés », considérés comme des choses et donc dépersonnalisés, sont toujours en passe de devenir, à un moment où l’autre de leur vie, des hommes ou des femmes atteints de problèmes identitaires, manifestés souvent par ce que l’on pourrait ranger dans la catégorie des « folies du moi ». Ce qui sera effectivement le cas de Caïn, quelques versets plus loin…
Abel
Il n’a pas, le pauvre, beaucoup plus de chances que son frère. Sa mère ayant comblé son manque avec Caïn, son aîné, lui ne paraît plus guère compter à ses yeux, comme semble d’ailleurs l’indiquer son patronyme, fait d’un mot qui signifie littéralement « vapeur » ou « souffle », dans un sens évidemment totalement différent d’un autre « souffle » qui est celui de Dieu, la « ruach ». Ici il s’agit d’un souffle qui n’est rien du tout, et qu’un autre texte, celui de Qohelet (l’Ecclésiaste ) traduit par « vanité ». Comme on peut le constater dans les deux versets hébreux en Genèse 4:2 et en Qohelet 1:2,il s’agit bien exactement du même mot, qui s'écrit exactement de la même manière !
Dans Qohelet 1:2, le mot « abel » apparaît quatre fois, dont une fois au masculin pluriel. Dans Genèse 4 :2, il apparaît deux fois, les deux fois au singulier. Et c’est bien le même mot !
Bien sûr, on pourra éventuellement objecter que la vocalisation est parfois différente entre les deux textes, mais cela ne compte absolument pas dans la mesure où cette vocalisation fixée au moyen notamment de ce qu’on appelle les « points massorétiques » est en fait une œuvre très tardive destinée à stabiliser le sens du texte et à lui ôter une part de ses possibilités interprétatives. C’est l’œuvre de ceux que l’on a appelé les « Massorètes », qui, du VIIe au Xe siècle de notre ère, assurèrent, en Palestine et en Babylonie, la fixation définitive des écrits sacrés en langue hébraïque ou araméenne. Et cela se rapporte aussi, d'autre part, aux indices graphiques résultant de cette stabilisation, devenue péremptoire, des Écritures …La massore écrite comprend deux éléments : en premier lieu, des notes marginales (par exemple, la correction, qui reçut le nom de qerê, « à lire », d'un mot marqué dans le texte d'un cercle ou d'un astérisque et que l'on appelle ketib, « écrit ») et des annotations terminales. Le second élément consiste en des signes intratextuels, qui sont de deux sortes : d'une part, tout un système de points-voyelles dont on dota les lettres hébraïques (qui, comme dans les autres langues sémitiques, n'étaient que des consonnes) et grâce auquel on supprimait l'ambiguïté de sens à laquelle prêtait l'écriture purement consonantique (lu dâbâr, dbr signifie « parole », mais « peste » si on le vocalise dêbêr) ; d'autre part, des accents, destinés eux aussi à uniformiser dans la lecture le découpage rythmique et donc la compréhension des textes .
On ne peut, évidemment, lisant les derniers mots de cette définition essentiellement tirée de l'encyclopédie Universalis, ne pas songer à cette phrase qu’on attribue à Freud, arrivant à New York à bord du « George Washington », à l’adresse de Jung, qui au début du XXème siècle comptait encore parmi ses amis : « Ils ne savent pas que nous leur apportons la peste », phrase rapportée bien plus tard par Jung à Jacques Lacan. Mais ceci, aurait dit Kipling, c’est une autre histoire ! Revenons donc à la nôtre…
Et notre histoire à nous confirme que les deux premiers fils du premier couple humain, ne pouvaient être que des « enfants à problèmes », issus d’un couple passablement hors normalité !
Une mère phallique, un père absent, ayant à charge un fils aîné considéré par sa mère comme son « acquis », sa chose, et un puiné sans consistance, quasi inexistant. Si c’est là le moule de notre humanité, on comprend soudainement certaines choses !
Des choses qui se conçoivent bien et s’énoncent donc clairement :
Souvenons-nous de quelques traits psychologiques et biologiques particulièrement importants chez l’humain :
1°. Un « petit d’homme », même né à terme, et donc après 9 mois de grossesse, vient au monde comme un prématuré, qu’il restera d’ailleurs plus ou moins sa vie durant.
2°. C’est cette prématuration inéluctable et durable qui va générer chez lui, plus particulièrement dans certaines situations trop difficiles à gérer, un « sentiment d’impuissance », sentiment qu’il tentera de combler au travers de l’image positive qu’il éprouve de lui-même.
3°. Or, cette « image », perçue par exemple dans le reflet renvoyé par un miroir ou par toute surface brillante, lisse et plane comme la surface d’une eau calme, évocatrice sans doute pour nombre d’entre nous le personnage de Narcisse peut induire toutes sortes de réactions qui ne sont pas nécessairement pathologiques, mais qui bien évidemment peuvent le devenir.
Quelques exemples :
• Le jeune chien, qui aboie son reflet et lui manifeste son agressivité naturelle car il perçoit cette image comme celle d’un autre, et particulièrement comme celle d’un intrus, qu’il lui faut sinon éliminer, du moins chasser de son territoire.
• Parc contre, l’être humain, qui ne reconnaît plus sa propre image dans celle que lui renvoie le miroir manifeste une pathologie du « Moi » qui risque de l’amener à vivre certaines névroses plus ou moins graves.
• Enfin on peut évoquer aussi l’image du miroir utilisée dans certains contes de fées, beaucoup moins anodins qu’il n’y paraît à première lecture, comme dans celui de « Blanche Neige » : se mirant dans son miroir magique, la « marâtre » l’interroge pour savoir « qui est la plus belle », et s’entend répondre que c’est Blanche Neige, cette « autre » qui devient, ipso facto l’objet de sa haine et de sa folie destructrice.
C’est ce genre de sentiment qui peut amener certaines personnes à s’infliger des « destructions » plus ou moins symboliques comme des marquages et des scarifications. Curieusement, Caïn, qui a tué son frère a en quelque sorte détruit l’image de son propre « Moi », et sera « marqué » pour sa faute… Mais ce sera du même coup un marquage qui le préservera aux yeux de ses semblables ! Une identification comme « autre » ? comme « différent » ? Peut-être est-elle du même ordre que celle des tatouages communs à certains groupes humains…
Je note aussi que, dans le récit biblique de la création, du moins dans le premier de ces deux récits, un des traits particuliers de l’humain est justement qu’il est façonné « à l’image et à la ressemblance de Dieu », qui LE crée mâle et femelle.
Pas plus que son créateur dont il est le reflet, l’Homme originel n’est sexué.
Ou plutôt on peut dire de lui qu’il est une unité fusionnelle des deux sexes. Et Dieu lui-même dont la plupart des humains se font une « image » masculine possède bien des attributs des deux sexes, ne serait-ce que celui de son « Esprit » et celui de sa « Miséricorde » qui tous deux sont féminins !
Enfin, il nous faut admettre et constater que l’être humain « normal » éprouve une jubilation naturelle à a contemplation de sa propre image, qui peut aller jusqu’à un narcissisme pathologique, et qui le rend de toute manière enclin à se reconnaître préférentiellement dans ce qui lui ressemble, à quelque niveau que se situe cette ressemblance ! Et lorsque les choses se passeront mal, il essaiera d’abimer ou de détruire sa propre image. Chose que vivra d’ailleurs Adam après la « chute », lorsqu’apostrophé par Dieu il lui dira : « ce n’est pas moi qui ai mangé du fruit de l’arbre de la connaissance : c’est la femme qui m’a poussé à le faire ! » Bref, le classique « ce n’est pas moi, c’est l’autre ! ».
Un relationnel vecteur d’agressivité :
Ce phénomène psychologique qui pousse l’homme à voir dans l’autre le reflet de son propre « moi », de sa propre personne, le pousse aussi à une forme d’agressivité typique de son espèce, qui n’a rien à voir avec l’agressivité animale. Ce dernier, lorsqu’il fait preuve d’agressivité, c’est généralement pour se défendre, défendre sa proie, sa progéniture ou encore sn territoire. L’homme, lui, peut s’avérer être ou devenir agressif pour de tous autres motifs, souvent d’ailleurs « gratuits », voire pervers.
Mais cette agressivité gratuite, à l’égard de celui qu’il identifie comme sa propre image est en fait tournée contre lui-même et devient dès lors une forme de pulsion suicidaire. Caïn, tuant Abel, tue en quelque sorte son propre Moi, ce qui le voue au bannissement ! Et tout ça, au départ, à cause d’un « manque » commun à toutes et tous !
« Il leur « manque » donc quelque chose ? »
Oui, certainement... Mais pour continuer dans le même registre du langage vulgaire, ce n’est pas vraiment une « case » qu’il leur manque : c’est un phallus !
Et cela, que nous le voulions ou non, que nous soyons fille ou garçon, que nos tendances sexuelles soient hétéro, homo ou même « bi », ce manque-là, nous le portons tous en nous, que nous en soyons ou non conscients. Il nait simplement de la réminiscence de cet instant furtif où, dans le ventre de notre mère, nous n’étions ni fille ni garçon, tout en étant les deux à la fois !
Généralement, chez la fille, ce manque pourra se traduire par un désir d’enfant non pour sa personne mais pour l’objet qu’il représente, ou il se manifestera plus subtilement sous la forme d’un sentiment d’infériorisation, encore renforcé dans les sociétés ou les cultures machistes, particulièrement ancrées dans la sphère du « religieux ».
Chez le garçon, cela se manifestera par une crainte de ne pas être à la hauteur, crainte qui se répercutera dans les différents domaines de son vécu, que ce soit sur le plan professionnel, sportif ou, bien sûr intellectuel et sexuel.
Eve est de toute évidence une mère possessive !
Très souvent, ces mères se centrent sur leur premier enfant, au détriment des éventuels suivants. C’est bien le cas en ce qui concerne Caïn et Abel.
Le mal-être de ces mères se manifeste en l’absence de l’enfant, absence que n’est pas à même de combler le père, lui-même perpétuel « absent », que ce soit au niveau du fait d’assumer ses responsabilités les plus élémentaires, ou à celui d’une place non vraiment tenue, ou encore à celui d’un quelconque sentiment d’impuissance qu’il peut d’ailleurs « camoufler » sous certains aspects machistes visant à cantonner la femme dans certains rôles, comme celui de l’éducation des enfants, domaine dont l’homme se dédouane trop souvent en disant que ce n’est pas son affaire !
Adam, lui, apparaît plutôt comme un personnage assez falot, ramené à un rôle de géniteur, voire même de moins que cela, dans la mesure où Eve s’écrie « J’ai acquis un homme mâle AVEC LE SEIGNEUR » : elle l’a enfin, son « mec », mais ce n’est pas le fils de son « mari officiel » ! hw")hy>-ta, vyaiÞ ytiynIïq'. Difficile d’être plus explicite !
Et les gosses dans tout cela ?
L’enfant concerné par le désir phallique de sa mère, et qui s’en trouve ravalé à un objet destiné à combler le manque maternel ne peut se reconnaître comme tel, et par voie de conséquence, se croit autre à ses propres yeux… Ce qui débouche dans nombre de cas sur des psychopathologies plus ou moins graves de type paranoïaques . Or, nous l’avons déjà largement évoqué : l’image de mon « moi » passe obligatoirement par celle de mon reflet, par ce en quoi ou en qui je me reconnais : en clair, elle passe par l’ « autre », en l’occurrence, pour Caïn, par cet Abel qui n’est rien du tout, et contre lequel il se tourne agressivement pour le tuer. Il croit que Dieu lui en veut, qu’il l’a rejeté e »n agréant le sacrifice de son frère, devenu objet de sa haine et de sa folie destructrice, et en fait autodestructrice. Ce faisant, il se « trompe de cible », ce qui, curieusement, est le sens premier du verbe hébreu le plus communément admis pour rendre le fait de « pécher ».
En effet, si on lit bien l’histoire, et si on y cherche, a priori, un fautif, c’est plutôt du côté de Dieu lui-même que se trouvent dirigés nos regards : un Dieu passablement injuste et qui, à tout le moins, manque totalement de la psychologie a plus élémentaire : si rien dans notre texte ne dit explicitement qu’il ait rejeté l’offrande de Caïn, rien non pus ne dit qu’il lui ait accordé le moindre regard. Pauvre Caïn qui se retrouve inconsidéré, lui qui souffre déjà d’une mauvaise image de soi !
D’un dieu créé à un Dieu créateur…
J’ai beau retourner ma Bible dans tous les sens, jusqu’au chapitre 4 de Bereshit, je n’y trouve pas le moindre indice de la moindre règle cultuelle, pas la moindre demande ni d’exigence de culte de la part de « Dieu » vis à vis de l’homme qui lui devrait allégeance.
Où donc Caïn et Abel ont-il été chercher le fait qu’il leur faille adresser à « Dieu » un sacrifice d’action de grâce ? Ne serait-on pas plutôt devant le fait plus ou moins banal de fils qui veulent faire plaisir à leur mère, et qui font tout pour s’en faire remarquer, pour être reconnus par elle comme des personnes à part entière ?
Pas étonnant dès lors que Caïn en vienne à passer sa rage sur sa mauvaise image, personnifiée par Abel ! Et ne se pourrait-il pas, finalement que « Dieu » soit l’image, créée par l’homme, d’un père déficient ? On en arrive presque à l’histoire de l’œuf et de la poule et à se poser la question de savoir qui est premier ? Qui existe avant l’autre ? Est-ce l’un qui sort de l’autre ou l’autre qui sort de l’un ? …A chacun de répondre, s’il le peut ! Personnellement j’y ai renoncé.
L’humain, « sommet » de la création ou ratage imprévu ?
Un fait est que l’homme, si souvent et longtemps source de l’émerveillement des évolutionnistes de l’école darwiniste semble bien être un cas d’espèce, à la fois unique en son genre et pour le moins passablement détraqué ! Détraquage ou dysfonctionnements qui semblent d’autant plus marqués à mesure qu’il se trouve de plus en plus éloigné de la nature, sa « Mère Nature ». Et il semble avéré que les humains qui vivent le plus en symbiose avec la nature soient les moins exposés aux pathologies de tout poil.
Nous serions donc non pas la résultante d’une évolution d’un quelconque grand singe plus apte que ses congénères, mais le fruit d’un dérèglement constitutif d’une espèce nouvelle, surgie on ne sait trop ni quand ni comment…
Lacan constate d’ailleurs que l’agir humain, même dans ses gestes les plus élémentaires, comme celui de se nourrir, n’est quasiment jamais dicté par des instincts répondant à des nécessités vitales. Bien sûr que manger est pour nous aussi primordial et vital que pour n’importe quel animal. Mais il n’y a que nous à le faire par plaisir ou par mode, à inventer des recettes, à concocter des plats, à user (et souvent à abuser !) de ce que nous appelons les « bonnes » choses qui parfois en viennent à ruiner totalement notre santé .
De même nous sommes les seuls à manifester de l’agressivité gratuite, et à dévoyer l’instinct naturel de survie au profit du génocide ! Est-ce donc en cela que nous serions à l’image et à la ressemblance de Dieu, ou bien ce dernier n’est-il qu’une invention de notre esprit tordu servant d’excuses et de prétexte à nos propres déviances ? Autant de questions qui bien sûr restent ouvertes mais qui , dans une certaine mesure, me permettent de conclure, si tant est que ce soit possible :
La famille humaine, la plus équilibrée qui soit, est et reste une famille à risques !
Notre « première » famille humaine qui semble bien éloignée d’un modèle idéal dans laquelle on l’a trop souvent confinée, ne compte finalement parmi ses membres, que des psychopathes plus ou moins atteints entre lesquels viennent s’immiscer de curieux personnages ! Une famille « type » qui illustre fort bien les failles et les carences souvent déterminantes de l’a-venir de tout être humain, de la construction ou de l’éclatement de son Etre. Est-ce aussi à cause de ce curieux phénomène de la lecture, préexistant au verbe exprimé de l’écriture ou au verbe lui-même, source lui aussi dans l’histoire biblique d’une des plus grandes fractures humaines qui ait subsisté jusqu’à nos jours à la suite du mythe de Babel, et source avérée dans l’histoire de l’Eglise, d’autres fractures liées à son interprétation et à celle de sa prétendue préexistence ?
Affaire à suivre, en tous les cas !
Jean-Marie DEMARQUE
Bibliographie :
S. FREUD, Un événement de la Vie Religieuse, Traduction française de Marie Bonaparte, revue par l’auteur, 1932. Dans la même série, et de la même traductrice, même année : « Actes obsédants et exercices religieux »Rééditions électronique dans le cadre de la collection « Les classiques des sciences sociales », téléchargeable en PDF sur le site Web http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html
L. BASSET, Sainte Colère-Jacob, Job, Jésus , Labor et Fides/Bayard, Genève, Paris, 2002.
J-L. DUMAS, Histoire de la Pensée – Philosohies et Philosophes, T. 3 : Temps Modernes, Poche « références », Tallandier, Paris, 1990.
G. W. F. HEGEL, Phénoménologie de l’Esprit, traduction française par J. Hyppolite, Aubier, Paris, 1939-1941
M. HEIDEGGER, La Phénoménologie de l'esprit, Gallimard, Paris, 1984
A. KOJEVE, Introduction à la lecture de Hegel, Gallimard, Paris, 1979
J.P. SARTRE, L’existentialisme est un humanisme, Nagel, Paris 1946, cité in « Histoire de la philosophie par les textes », Isabelle MOURRAL & Louis MILLET, Gamma, Paris, 1988, pp 348-349, T.230.
ENCYCLOPOEDIA UNIVERSALIS, Paris 2004
A. UNTERMAN, Dictionnaire du Judaïsme, Thames &Hudson, Paris, 1997, traduction française par Catherine Cheval
M. ELIADE, Histoire des Croyances Religieuses, 3 T., Payot, Paris , 1976
M. ELIADE, Traité d’Histoire des religions, Payot, Paris, 1949.
J. EISENBERG & A. ABECASSIS, A Bible Ouverte, Présence du Judaïsme, Albin Michel, Paris 1978
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